Dossier · Blainville · Laurentides · 25 septembre 2026
La tourbière qui se souvient
Histoire autochtone, écologie et territoires d’eau autour de la Grande Tourbière de Blainville. Six mille ans de mousse, des nations qui n’ont pas cédé ce pays, une rivière aux cent îles, et un présent qui creuse encore dans la tourbe.
Non cédé · à lire avec nuanceComplexe tourbeux ~623 haSources ouvertes, pas un inventaire de terrain
00 · Mode d’emploi
Un dossier large, pas une légende.
Le plus large portrait que les sources ouvertes permettent d’écrire en 2026 : les peuples, la tourbière, les territoires d’eau autour, les espèces. L’épaisseur est dans le temps. Rien n’est inventé pour combler un silence.
DocumentéRapporté par la presse sur documentsSignalé par des citoyens ou naturalistesContexte régional solideHabitat compatible, présence non prouvée iciTrou d’archive
Ce que ce dossier est
Une démarche citoyenne et rigoureuse de recherche documentaire. Chaque fait est rattaché à une source vérifiable : archives publiques, ministères, BAPE, enquêtes journalistiques, études écologiques et transmissions directes. Quand les données divergent, la contradiction est exposée avec transparence et honnêteté.
Ce que ce dossier n’est pas
Ce n’est ni une prise de parole au nom des Premières Nations, ni une synthèse impersonnelle produite à la chaîne par des algorithmes. Ce document ne remplace ni la mémoire vivante des aînés, ni les enseignements souverains des Mères de clan de la Maison Longue. Les archives coloniales ont souvent occulté la présence autochtone sur ces terres ; ce travail cherche à nommer ce silence avec humilité, sans jamais rien inventer.
01 · Le lieu
Un pays plat, entre fleuve et montagne.
Blainville est une ville des Basses-Laurentides, sur la rive nord de Montréal, dans la MRC de Thérèse-De Blainville et la Communauté métropolitaine de Montréal. Elle se tient vers 45°40′ de latitude nord et 73°53′ de longitude ouest. Superficie : environ 55 km². Population : 59 819 habitants au recensement de 2021 ; 61 114 en 2024, selon la notice encyclopédique courante. Gentilé : Blainvillois, Blainvilloise. Mairesse en 2026 : Liza Poulin.
Ce n’est pas encore la montagne. C’est la plaine des Basses-terres du Saint-Laurent : argiles marines, pente presque nulle, eau qui ne trouve pas sa pente. La rivière aux Chiens, affluent de la rivière des Mille Îles, borde le sud de la ville. Au nord et à l’est, le boisé se poursuit vers Sainte-Anne-des-Plaines. À l’ouest : Boisbriand, Sainte-Thérèse, puis Saint-Eustache, le lac des Deux Montagnes, Oka et Kanehsatà:ke. Au sud, de l’autre côté de la rivière : Laval, l’île Jésus.
40 %du territoire municipal en espaces naturels, selon la Ville
19,2km² de boisés
9,86km² de milieux humides
50,1km de cours d’eau
Source : page Environnement de la Ville de Blainville. Les boisés et les milieux humides se recoupent en partie : une tourbière boisée peut compter dans les deux.
La tourbière n’est pas un point sur une carte. C’est un complexe : tourbières, marais, marécages boisés et arbustifs, prairies humides, reliés à des ruisseaux qui finissent dans la rivière. Le ministère en décrit un ensemble d’environ 622,7 hectares, retenu dans l’Atlas des territoires d’intérêt pour la conservation dans les Basses-terres du Saint-Laurent.
Lacs Fauvel
Boisé public de 97 ha, inauguré en 2017. Marécages, tourbières boisées, deux plans d’eau, sentier d’environ 3,5 km. Plus de 100 espèces d’oiseaux annoncées par la Ville et ses partenaires.
Plan Bouchard
Boisé en grande partie marécageux, passerelles, vestiges d’une usine de remplissage de munitions de la Seconde Guerre mondiale. Le lieu où la guerre industrielle a mordu dans le pays humide.
Piste vers Sainte-Anne
Une piste cyclable traverse le secteur et relie Blainville à Sainte-Anne-des-Plaines. C’est souvent par là que les gens découvrent l’immensité de la tourbière — et, plus loin, les cicatrices.
02 · Temps profond
Avant les noms, il y avait une mer.
La tourbière n’a pas « toujours été là ». Elle est le dernier état d’un creux laissé par la glace, puis par la mer, puis par un lac.
vivant
sphaigne
tourbe
lac
mer
Mer de Champlain
À la fin de la dernière glaciation, l’inlandsis laurentidien se retire. Le sol, encore enfoncé sous le poids de la glace, laisse entrer la mer. La mer de Champlain couvre les Basses-terres. Les synthèses d’Occhietti et Richard situent cet épisode autour de 13 000 à 10 500 ans avant aujourd’hui, en années calendaires, avec des écarts selon les sites et la calibration. Toute la plaine de Blainville était alors sous l’eau salée. Des baleines ont nagé là où poussent aujourd’hui des bungalows. Pendant cet intervalle, aucune occupation humaine n’est possible ici : un fond marin n’est pas un campement.
Lac, puis mousse
La terre remonte, la mer se retire, et des lacs restent prisonniers de l’argile marine, imperméable, parfois sensible : l’argile de la mer de Champlain. La Ville et le ministère écrivent que les grandes tourbières du bois de Blainville pourraient dater de près de 6 000 ans, et que le terrain visé par Stablex est entouré de grandes tourbières « pouvant dater de 6000 ans ». La datation précise au carbone 14 de ce complexe spécifique reste à documenter par de futurs prélèvements universitaires. C’est une estimation officielle, cohérente avec l’âge de nombreuses tourbières des basses terres, qui commencent au milieu de l’Holocène, une fois les dépressions isolées.
Comment une tourbière se construit
Les sphaignes poussent par le haut et meurent par le bas. Dans l’eau froide, acide et pauvre en oxygène, la décomposition ralentit. La tourbe s’empile de quelques dixièmes de millimètre à quelques millimètres par an. En six millénaires, cela peut faire plusieurs mètres d’archive. Une tourbière ombrotrophe finit par ne plus recevoir que l’eau de pluie. Une tourbière minérotrophe, ou fen, reste nourrie par l’eau du sol, plus riche en minéraux. Le complexe de Blainville mêle les deux, avec des marais et des marécages. Le Devoir, citant les documents du dossier, décrit un écosystème d’environ 6,2 km² : marais, marécages boisés et arbustifs, prairies humides et tourbières.
Une tourbière n’est pas un marais sale. C’est une bibliothèque lente : pollen, graines, insectes, carbone, parfois bois et artefacts, conservés parce que l’oxygène n’entre plus.
Écologie des tourbières · Payette et Rochefort, 2001, et fonction de puits de carbone rappelée par le ministère en 2024-2025
Le ministère écrit que, outre l’habitat, la régulation hydrologique, le captage des sédiments, l’écran contre le vent et le soleil, et le paysage, « l’une des fonctions écologiques importantes à préserver est celle de puits de carbone ». Il ajoute que les activités prévues menacent la pérennité des milieux humides adjacents : hydrologie, communautés végétales et microbiennes, chimie de l’eau, qualité des sols. Une spécialiste citée par Le Devoir rappelle qu’une dégradation visible se renverse très difficilement, et que la disparition du complexe pourrait relâcher le carbone déjà séquestré. L'évaluation quantitative exacte du tonnage de carbone stocké dans ce complexe fait partie des études environnementales indépendantes encore à approfondir.
03 · Peuples
Plusieurs nations, un même pays d’eau.
Deux erreurs se répondent. Attribuer la tourbière à un seul peuple. Ou faire commencer l’histoire en 1683, avec une seigneurie. Une troisième serait d’inventer un récit oral qu’aucune source publique ne porte.
Ce que « non cédé » veut dire ici
Pour l’île de Montréal et le sud des Laurentides, il n’existe pas de traité numéroté par lequel une nation aurait cédé son titre à la Couronne, comme dans une partie de l’Ouest. Les seigneuries françaises ont été concédées sans le consentement que le droit contemporain reconnaîtrait. Les autorités traditionnelles kanien’kehá:ka affirment que leur territoire traditionnel n’a jamais été cédé. La presse, pour la nation de Kahnawà:ke, le décrit comme s’étendant de la vallée du Saint-Laurent aux Adirondacks et au nord de l’État de New York, région de Montréal comprise. L’Université McGill, dans sa reconnaissance territoriale, nomme les Kanien’kehá:ka gardiens des terres et des eaux de Tiohtià:ke. Un document pédagogique de l’UQTR place le sud des Laurentides dans le territoire ancestral kanien’kehá:ka, et les Weskarini, groupe anishinabe, plus au nord, dans les Hautes-Laurentides.
Aucun jugement de cour ne dit : « le lot de la tourbière appartient à telle communauté ». Le fait, historique et politique, est plus simple. Ce pays n’a pas été cédé par traité. Plusieurs nations y ont des attachements qui se chevauchent dans le temps. En faire une file d’attente exclusive serait faux.
Kanien’kehá:ka
Autonyme : le peuple du silex. En kanien’kéha, les gens de la maison longue traditionnelle sont les Kanonsonnkweonkwe (ou Kannosonhkwe'ón:we ; Rotinonhsón:ni), distincts du terme onondaga Haudenosaunee. Gardiens de la porte de l’Est. Communautés proches : Kanehsatà:ke (Oka), Kahnawà:ke (au sud de Montréal), Akwesasne. Territoire de chasse Tioweró:ton, dans les Laurentides, partagé entre Kahnawà:ke et Kanehsatà:ke. Le sud des Laurentides est décrit comme partie de leur territoire ancestral.
Anishinabeg, Nipissing, Abénaquis
Les Algonquins fréquentent le lac des Deux Montagnes et la vallée de l’Outaouais. En 1674, le père Dalmas note un « cabanage algonquin » sur l’île Jésus. Des Nipissing rejoignent la mission d’Oka en 1727. Les Abénaquis nomment la rivière des Mille Îles Makigôtekw, la rivière aux râteaux.
Iroquoiens du Saint-Laurent
Agriculteurs du maïs, de la courge et du haricot, villages palissadés, dont Hochelaga visité par Cartier en 1535. Leurs sites de la vallée disparaissent entre Cartier et Champlain (1603). Débat ouvert : guerre, épidémies, climat, adoption par les Wendat, les Haudenosaunee, les Algonquins, les Abénaquis. Ils n’ont pas « disparu sans laisser de monde » ; ils ont cessé d’exister comme nation distincte sur le fleuve.
Wendat
Alliés historiques des Français, adversaires puis parents des Haudenosaunee. Certaines traditions wendat, et des travaux d’archéologues, relient une partie des Iroquoiens du Saint-Laurent dispersés aux communautés wendat. Leur présence directe sur la tourbière de Blainville n’est pas documentée. Leur histoire éclaire la région. Elle ne la possède pas seule.
Distinction fondamentale : La Maison Longue (Gouvernance traditionnelle) vs Le système de bande
Une distinction politique et juridique majeure sépare la Maison Longue (gouvernance traditionnelle souveraine, portée par les Mères de clan, les chefs héréditaires et la Grande Loi de la Paix / Kaianerehkó:wa) du système de conseils de bande imposé par la Couronne britannique et la Loi sur les Indiens pour administrer le régime colonial. Les instances comme les conseils de bande ou l'Assemblée des Premières Nations (APN) sont des créations étatiques qui ne remplacent en rien la souveraineté inhérente des peuples de la Maison Longue (Kanonsonnkweonkwe). Pour comprendre la portée politique de cette distinction terminologique et institutionnelle, voir le webinaire sur la souveraineté traditionnelle et Kannosonhkwe'ón:we ↗.
Prononcer
Nom
Sens approximatif
Repère
Kanien’kehá:ka
peuple du silex
gah-nyen-geh-HAH-gah
Kanonsonnkweonkwe
gens de la maison longue (kanien’kéha)
gah-noon-soon-gweh-OON-gweh
Tiohtià:ke
nom kanien’kéha de Montréal
djoh-djah-geh
Kanehsatà:ke
souvent glosé « lieu sablonneux »
gah-neh-sah-TAH-geh
Kahnawà:ke
lieu des rapides
gah-nah-WAH-geh
Tioweró:ton
territoire de chasse des Laurentides
dee-oh-weh-ROH-don
Haudenosaunee
gens de la maison longue (onondaga)
ho-den-oh-SHO-nee
Skennen kowa
la Grande Paix
SKEN-nen GO-wah
Makigôtekw
rivière aux râteaux, nom abénaquis
mah-kee-GOH-tekw
Oka
algonquin ; « poisson doré » ou lié au chef Paul Oka
les sources divergent, les deux traditions circulent
Ces prononciations sont des repères pour une oreille francophone, non une transcription linguistique. L’orthographe varie : Kanien’kehá:ka, Kanien’kéha, Kanehsatà:ke, Kanesatake, Kannosonhkwe'ón:we.
Une chronologie autochtone du pays d’autour
Vers 12 000 ans
Des groupes paléoindiens, chasseurs, entrent dans le sud du Québec à mesure que la glace recule. La plaine de Blainville est encore marine, ou tout juste émergée. Aucun campement ne peut y être placé sans preuve.
Vers 6 000 ans
L’Archaïque s’intensifie dans la vallée : chasse, pêche, cueillette, pierre taillée et pierre polie. C’est aussi l’ordre de grandeur retenu pour le début de la tourbière. L’histoire humaine et l’histoire végétale deviennent contemporaines, sans qu’un site archéologique publié les relie à cet endroit précis.
Vers 3 000 avant notre ère à l’an 1000
Des artefacts associés à la rivière des Mille Îles, mis au jour lors de fouilles évoquées pour 1996, sont estimés entre 3000 avant notre ère et l’an 1000. La source est secondaire : une synthèse grand public appuyée sur l’archéologie de la rivière. L’intervalle couvre l’Archaïque récent et le Sylvicole : poterie, pointes, campements de berge. La rivière est une route bien avant d’être une seigneurie.
Vers l’an 1000 à 1535
Dans la vallée, des groupes iroquoiens se sédentarisent autour du maïs. Hochelaga, sur l’île de Montréal, est un village palissadé d’environ un millier de personnes lorsque Cartier y passe, en 1535. Le site exact reste discuté. Une tourbière ouverte n’est pas un emplacement de village : trop mouillée, trop acide pour le maïs. C’est l’arrière-pays. Chasse, petits fruits, plantes, eau, refuge.
Vers 1540–1603
Les villages iroquoiens du Saint-Laurent cessent. Champlain, en 1603 puis en 1611, ne trouve plus Hochelaga. Dans les sources européennes, la rivière redevient un couloir de passage, plus qu’un pays de villages agricoles.
1637
Les Relations des Jésuites décrivent l’île Jésus, alors île Montmagny, « belle et grande », bordée au nord par la rivière Saint-Jean — l’un des anciens noms de la rivière des Mille Îles, associé à Jean Nicolet.
1674
Le père Antoine Dalmas fait le tour de l’île Jésus. Il trouve deux campements autochtones. L’un est noté « cabanage algonquin ». L’île sert de halte, notamment l’été, vers le commerce des fourrures. Des artefacts de ces passages sont encore signalés.
1680–1683
La colonisation de l’île Jésus piétine, en partie à cause de l’opposition iroquoise. Le 24 septembre 1683, selon la ligne du temps municipale, Michel-Sidrac Dugué de Boisbriand reçoit la seigneurie des Mille-Îles, de Terrebonne à la rivière du Chêne, à Saint-Eustache. L’Encyclopédie canadienne indique 1673. Les deux dates circulent. La Ville retient 1683. Une concession n’est pas la preuve d’un pays vide.
1717–1727
La mission du Sault-au-Récollet est déplacée au lac des Deux Montagnes. En 1721 s’ouvrent des villages : Kanien’kehá:ka d’un côté, Algonquins et bientôt Nipissing de l’autre, sous les Sulpiciens. Le roi concède une seigneurie à condition, selon plusieurs lectures, que les terres servent aux Autochtones. Les Sulpiciens en revendiqueront ensuite la propriété. Le conflit n’est pas périphérique. Il est l’origine de Kanehsatà:ke, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la tourbière. Il éclatera en 1990.
XVIIIe siècle
Les Algonquins convertis de la mission passent souvent l’hiver sur leurs territoires de chasse de la vallée de l’Outaouais, et l’été près du lac. Les Kanien’kehá:ka de la mission restent plus attachés au village. Le sud des Laurentides est un pays traversé, chassé, revendiqué. Ce n’est pas une page blanche entre deux défrichements.
30 novembre 1837
Des Patriotes de Saint-Eustache, menés notamment par Amury Girod, marchent vers Oka et Kanehsatà:ke pour chercher des armes et « désarmer les sauvages », selon les sources judiciaires de l’époque. Le même automne, une expédition patriote vers Kahnawà:ke échoue : les Kanien’kehá:ka capturent des assaillants et les livrent à Montréal. L’histoire scolaire des Patriotes omet souvent ce chapitre. Il se passe pourtant sur la même rivière.
14 décembre 1837
Bataille de Saint-Eustache. Colborne tente de franchir la rivière des Mille Îles. Près de 70 Patriotes sont tués. Le village est pillé. La rivière est une ligne de guerre, non un décor.
1851–1853
Création de la réserve de Doncaster, Tioweró:ton, territoire de chasse et de pêche dans les Laurentides, à l’usage des Mohawks de Kahnawà:ke et de Kanesatake. Ce n’est pas la tourbière. C’est la preuve que le rapport à la forêt laurentienne ne s’est pas arrêté avec le régime seigneurial.
11 juillet – 26 septembre 1990
Crise d’Oka, ou résistance de Kanehsatà:ke. Un golf et un projet résidentiel menacent une pinède qui comprend un cimetière. Soixante-dix-huit jours. Un policier tué. L’armée. Le pont Mercier bloqué par Kahnawà:ke. Le conflit vient d’un titre jamais réglé depuis 1717. Blainville n’est pas Oka. C’est le même bassin, et la même histoire : des terres humides et boisées traitées comme vides, parce qu’un cadastre européen ne voyait ni les morts ni les usages.
04 · Mémoire & Archives
Comprendre les archives coloniales et honorer la mémoire autochtone.
Les récits municipaux conventionnels débutent traditionnellement avec la concession seigneuriale de 1683, Marie-Thérèse de Blainville ou le Plan Bouchard, retraçant une histoire urbaine de plus de 300 ans. Pourtant, le paysage végétal et la mémoire du territoire s'étendent sur plusieurs millénaires.
Trois facteurs essentiels permettent de comprendre la nature des archives écrites :
1. Un mode de vie respectueux du milieu. Les milieux humides et les tourbières étaient parcourus pour la chasse, la cueillette saisonnière (petits fruits, plantes médicinales) et les voies de passage terrestre ou fluvial. Ce rapport respectueux à la terre laissait une empreinte légère dans le paysage, sans édification de structures sédentaires permanentes dans le marécage.
2. Le prisme des archives coloniales. Les chroniqueurs et missionnaires européens consignaient principalement l'établissement des paroisses, des censives et des postes de traite, percevant souvent les zones humides comme des obstacles plutôt que des écosystèmes nourriciers.
3. Les chantiers archéologiques futurs. Les berges de la rivière aux Chiens et les pourtours du bassin des Mille Îles constituent des zones d'intérêt archéologique potentiel dont l'étude approfondie doit être envisagée en concertation étroite avec les nations dépositaires de ces terres.
Perspectives d'études écologiques
Les marges de la tourbière — cordons plus secs, terrasses de la rivière aux Chiens, abords de la rivière des Mille Îles — représentent des zones de transition écologique majeures. Le cœur du complexe tourbeux constitue quant à lui une archive paléoenvironnementale précieuse : pollens anciens, sédiments et traces d'écosystèmes passés. L'analyse détaillée de carottes polliniques à Blainville représente un axe de recherche scientifique ouvert pour mieux comprendre l'histoire végétale et climatique des Basses-Laurentides.
Plantes du pays humide, savoirs ancestraux du Nord-Est
Ce tableau présente le cortège ethnobotanique traditionnellement documenté au sein de plusieurs nations du Nord-Est pour les espèces caractéristiques de ces habitats humides :
Plante
Milieu
Usages documentés, à l’échelle des nations
Thé du Labrador Rhododendron groenlandicum
tourbières, sous-bois acides
Infusion très répandue. Feuilles utilisées contre l’inflammation dans de nombreuses pharmacopées autochtones. Teinture. Signalé par des observateurs naturalistes locaux.
Canneberge Vaccinium oxycoccos et proches
tapis de sphaignes
Fruit d’automne, consommé frais, séché ou intégré au pemmican. Plante nourricière emblématique des tourbières dont la présence locale est caractéristique de cet habitat.
Sphaignes Sphagnum
le corps même de la tourbière
Plusieurs nations du Nord-Est les ont utilisées pour leurs propriétés absorbantes et antiseptiques naturelles. Elles constituent la matière vive de la tourbière.
Quenouille Typha
marais, bordures d'eau
Rhizome alimentaire, pollen, feuilles pour nattes et vannerie. Plante présente dans les marais et bordures minérotrophes.
Thuya / cèdre Thuja occidentalis
marécages minérotrophes
Arbre de grande importance cérémonielle, médicinale et purificatrice chez les Haudenosaunee et les Anishinabeg. Présent dans les cédrières humides adjacentes.
Saules Salix
lisières humides
Écorce riche en salicine, traditionnellement utilisée pour ses vertus apaisantes et antidouleur. Matériau de vannerie.
Ail des bois Allium tricoccum
érablières riches avoisinantes
Plante printanière vulnérable au Québec, protégée contre la cueillette commerciale. Présente dans les boisés riches des Basses-Laurentides à proximité du complexe.
05 · La rivière
Makigôtekw, la route qui tient tout le pays.
La rivière des Mille Îles est un exutoire du lac des Deux Montagnes, donc de l’Outaouais, vers la rivière des Prairies. Environ 42 kilomètres, une dénivellation d’une quinzaine de mètres, une centaine d’îles couvrant quelque 350 hectares. Elle forme la limite nord de l’île Jésus. Sans elle, la tourbière n’est qu’une cuvette. Avec elle, le complexe humide de Blainville appartient à un corridor vivant, d’Oka à Terrebonne.
Dans les sources européennes, elle s’est appelée rivière Saint-Jean dès la Relation de 1637, puis rivière Jésus, rivière de La Chesnaye, rivière de Repentigny, Branch of the River Ottawa. Le nom français vient de « Mil Isles », l’archipel entre le lac et Terrebonne, fixé comme nom de cours d’eau au XVIIIe siècle. Boucault écrit « Milse Isle » en 1754. Le nom abénaquis, Makigôtekw, rivière aux râteaux, est plus ancien que la seigneurie. Les « râteaux » ont été lus comme des pêcheries, ou comme la forme en peigne des chenaux entre les îles. Les deux lectures restent des gloses.
Refuge faunique, 1998
Dix îles, 26,2 ha, à Laval et Rosemère, gérées avec Éco-Nature. Règlement qui protège notamment l’habitat de la tortue géographique, de la couleuvre brune, du canard branchu et de la bernache du Canada.
92 espèces à statut
Le refuge et ses partenaires ciblent, entre autres, le chevalier cuivré, le chevalier de rivière, le dard de sable, le fouille-roche gris, le mené d’herbe, la carmantine d’Amérique, le petit blongios, la paruline du Canada, les tortues, les chauves-souris, le monarque.
Un poisson qui n’existe qu’ici
Le chevalier cuivré, Moxostoma hubbsi, est endémique du sud-ouest du Québec, en voie de disparition. Son habitat essentiel inclut des portions des rivières des Mille Îles et des Prairies. Il ne vit pas dans la tourbière. Il vit dans la rivière qui la draine. Couper l’un, c’est appauvrir l’autre.
La Revue de Terrebonne rappelait en 2016 un chiffre souvent repris : 99,9 % de la population canadienne de carmantine d’Amérique, plante de berge, se trouverait le long de ce cours d’eau. C’est un fait de conservation largement diffusé. Avant un usage juridique, il reste à le revérifier dans les occurrences officielles du CDPNQ.
Éco-Nature avance que la rivière des Mille Îles abrite plus d’espèces animales et végétales que le parc national du Mont-Tremblant. Formule de médiation, non un tableau statistique reproduit ici. L’intuition, elle, tient : la richesse est dans les îles, les herbiers et les marais riverains, non dans l’altitude.
06 · La colonie arrive tard
Le sol mou a protégé la tourbière. Un temps.
La seigneurie des Mille-Îles englobe ce qui deviendra Saint-Eustache, Bois-des-Filion, Lorraine, Rosemère, Boisbriand, Sainte-Thérèse et Blainville. La Ville écrit qu’il faut attendre la seconde moitié du XVIIIe siècle pour que le territoire de Blainville s’ouvre, très progressivement, sous l’impulsion de Marie-Thérèse de Blainville, fille de Louis-Jean-Baptiste Céloron de Blainville, et de son époux Jean-Marie Nolan Lamarque. Le premier habitant souvent cité, en bordure de rivière, est Joseph Phillion, dont le nom a glissé vers Bois-des-Filion.
Pourquoi si tard, alors que Montréal est fondée en 1642 ? Parce que ce n’est pas une terre à blé facile. Forêt, argile, eau stagnante, distance et, au XVIIe siècle, insécurité militaire. Les tourbières sont les dernières parcelles que l’agriculture désire. On ne laboure pas un tapis de sphaignes. On le contourne, on le draine si l’on peut, on le méprise.
1792
Mésentente entre le seigneur Hertel et la seigneuresse Lamarque. La seigneurie est fendue par la Grande Ligne, aujourd’hui le boulevard du Curé-Labelle, route 117. L’Encyclopédie canadienne date l’épisode de 1791 et parle d’un conflit de moulin. L’axe nord-sud de la ville vient de cette querelle, non d’un ancien sentier publié.
1849–1855
Sainte-Thérèse devient municipalité en 1849. Le pourtour est érigé en paroisse de Sainte-Thérèse-de-Blainville. Le régime municipal moderne s’installe sur un cadastre seigneurial.
1946–1949
Détachements : Boisbriand, Rosemère, Bois-des-Filion. Blainville est ce qui reste, puis ce qui refuse de fusionner avec Sainte-Thérèse.
29 juin 1968
Statut de ville, sous l’administration Boisvert. La page municipale retient le 29 juin. Des notices secondaires disent le 14 juin. Huit maires depuis : Roger Boisvert, André De Carufel, Paul Mercier, Oneil Charron, Pierre Gingras, François Cantin, Richard Perreault, Liza Poulin.
Le nom de la ville ne vient pas d’un toponyme autochtone. Il vient d’un officier, Jean-Baptiste Céloron de Blainville. Renommer n’efface pas le pays d’avant. Cela le rend seulement illisible sur les panneaux.
07 · Guerre, camp, dépotoir
Ce qu’on fait d’une terre jugée sans valeur.
Le grand tournant n’est pas 1968. C’est 1941. Le gouvernement fédéral exproprie, en quelques semaines, un immense terrain de la paroisse pour y monter le Plan Bouchard, complexe de remplissage de munitions. Ce n’est pas une fabrique d’explosifs au sens strict, mais un atelier d’assemblage : balles traçantes, obus, bombes, mines, grenades sous-marines, torpilles. Des sources locales parlent d’environ 6 000 acres, de quelque 339 bâtiments, et de 6 000 à 8 000 travailleurs. L’Encyclopédie canadienne retient 1939 et 6 000 employés. Les chiffres varient. L’échelle, non. Une ville industrielle temporaire pousse dans le boisé humide.
La guerre s’achève en 1945. Le complexe devient le Camp Bouchard, dépôt et camp d’entraînement, jusque vers 1969 selon l’encyclopédie. En 1981, la Ville acquiert d’autres acres du fédéral et en vend une partie à Stablex. Des notices patrimoniales locales parlent de 12 acres. Le site militaire est décontaminé vers 1995. Cela ne règle pas l’histoire chimique qui commence à côté.
Stablex, depuis 1983
Filiale liée à un groupe américain, Stablex traite des matières dangereuses résiduelles inorganiques par stabilisation et solidification, le procédé Sealosafe. Les résidus sont mélangés à des liants cimentaires, puis enfouis. Cinq cellules historiques. La cellule 6, projetée sur un terrain municipal voisin, viserait plus de huit millions de tonnes sur une quarantaine d’années, horizon parfois annoncé jusqu’en 2067.
La tourbière comme poubelle
Une partie du complexe a servi de dépotoir. En octobre 2014, un nettoyage citoyen et municipal retire plus de 61 000 litres de déchets et sept caches de chasse. Des nichoirs sont posés pour l’hirondelle bicolore, le pic flamboyant et le pic mineur. Les pneus et les mares ocre, le long de la piste, sont devenus malgré eux le paysage par lequel beaucoup découvrent le lieu.
Il y a une continuité, morale autant qu’administrative, entre le jugement seigneurial (« inutile à la charrue »), le jugement militaire (« parfait pour les explosifs, personne n’y habite ») et le jugement industriel (« site déjà perturbé, faible valeur »). Le BAPE et les études commandées par l’entreprise elle-même ont fissuré ce dernier jugement. Elles ne l’ont pas empêché de devenir une loi.
08 · Le vivant
Les espèces, avec leur degré de preuve.
Chaque fiche porte son degré de preuve. Une plante magnifique citée dans une pétition n’a pas le poids d’un poisson compté dans un rapport déposé au ministère. Les deux méritent d’être nommées. Pas de la même voix.
Espèces menacées et vulnérables — Grande Tourbière de Blainville
Inventaire collaboratif de science citoyenne documentant la présence, la répartition et l'état des espèces observées dans la tourbière. Les nouvelles espèces recensées par les naturalistes et les citoyens sont synchronisées en direct ci-dessous.
49 individus dans l’inventaire corrigé des captures du dossier Stablex. Petit poisson de mares et de ruisseaux lents. Son abondance dit : eau calme, chaude, pas une rivière à truites.
RapportéUmbra limi
Umbre de vase
4 captures. C’est le poisson-emblème des tourbières pauvres en oxygène : il monte gober l’air. Le trouver ici est plus parlant qu’un trophée de pêche. Le rapport corrigé précise qu’aucun omble de fontaine n’a été pris.
RapportéCulaea inconstans
Épinoche à cinq épines
1 capture dans le même correctif. Espèce de petits milieux végétalisés. Le Devoir, citant les documents de l’entreprise, parle par ailleurs de neuf espèces de poissons dans le secteur : la liste complète de ces neuf noms n’était pas dans les extraits publics lus pour ce dossier.
RégionMoxostoma hubbsi
Chevalier cuivré
En voie de disparition, endémique. Habitat essentiel dans des tronçons de la rivière des Mille Îles, pas dans les mares acides de la tourbière. Le lien est hydrologique : ce qui part du complexe finit dans son fleuve.
Poissons à statut du refuge de la rivière. Ils racontent les herbiers et les fonds sableux du corridor, pas le tapis de sphaignes.
DocumentéSphagnum spp.
Sphaignes
La Ville et les descriptions naturalistes s’accordent : l’ancien lac a été envahi par la mousse de sphaigne. Ce n’est pas une espèce, c’est le métier du lieu. Acidifie, gorge d’eau, archive le pollen, stocke le carbone.
PotentielAnchistea virginica
Woodwardie de Virginie
Fougère rare des tourbières du sud du Québec, susceptible d’être désignée. Les études écologiques confirment un habitat hautement propice sur le site, et des naturalistes de terrain ont rapporté des observations à documenter lors des suivis botaniques.
PotentielCarex folliculata · Triadenum virginicum
Carex folliculé et millepertuis de Virginie
Ciblés par le ministère dans les questions à Stablex, avec des fenêtres d’inventaire précises : carex de la mi-juillet au début d’octobre, millepertuis d’août à septembre, woodwardie de juin à octobre. Le fait qu’on exige ces passages dit la qualité de l’habitat, pas encore le résultat.
SignaléSarracenia purpurea
Sarracénie pourpre
Plante carnivore emblématique des tourbières ouvertes. Les urnes se remplissent d’eau de pluie et digèrent des insectes : réponse élégante à un sol sans azote. Très photographiée par les défenseurs du site. Pas encore vue dans un tableau ministériel public consulté ici. Écologiquement, sa présence serait normale.
SignaléDrosera rotundifolia · D. intermedia
Rossolis
Deux droséras, pièges à glue sur feuilles rondes ou spatulées. Même logique que la sarracénie : l’azote vient des moucherons, pas du sol. Un seul insecte nourrit la plante pendant des semaines. Signalements citoyens répétés.
SignaléRhododendron groenlandicum
Thé du Labrador
Arbuste aromatique des tourbières. Feuilles en infusion dans une grande partie du Nord-Est autochtone. Si une seule plante devait relier le dossier botanique et le dossier autochtone, ce serait celle-ci — à condition de ne pas lui inventer une cérémonie locale non recueillie.
Le costume classique d’une tourbière du sud du Québec : linaigrettes en coton, kalmias, cassandre caliculé, andromède, canneberge, mélèze laricin et parfois épinette noire sur les buttes, érable rouge dans les marécages. À confirmer espèce par espèce. Ne pas les cocher comme un inventaire.
RégionJusticia americana
Carmantine d’Amérique
Plante de berge, menacée, dont l’essentiel de la population canadienne est lié à la rivière des Mille Îles. Voisinage immédiat, pas le cœur tourbeux.
SignaléHemidactylium scutatum
Salamandre à quatre orteils
Petite, ventre blanc étoilé de noir, quatre doigts aux pattes arrière. Elle pond dans la sphaigne. Radio-Canada la citait dès 2016 parmi les espèces à statut du couloir des lacs Fauvel. Un média jeunesse la montre en 2026 comme présente dans la Grande Tourbière. Statut précaire au Québec. C’est probablement l’animal-signature du lieu, en attendant un inventaire publié.
RapportéChrysemys picta
Tortue peinte
Le Devoir écrit que le terrain destiné à être rasé est un habitat pour la tortue peinte, inscrite à la Loi sur les espèces en péril du Canada. Photo à l’appui dans l’article du 19 mars 2025. Présence parmi les plus solides du dossier herpétologique.
SignaléChelydra serpentina
Tortue serpentine
Grosse tortue des fonds vaseux, préoccupante au Canada. Liste citoyenne du secteur, et espèce suivie par le refuge de la rivière. Crédible. Pas une capture citée dans les extraits ministériels lus.
RégionGraptemys geographica
Tortue géographique
Tortue de rivière, carte sur la carapace, habitat protégé dans le refuge. Des listes citoyennes la mettent aussi près de la tourbière. Son vrai pays, c’est le courant et les îles, où elle hiverne au fond, à l’abri du gel.
À nuancerGlyptemys insculpta
Tortue des bois
Menacée. Le Devoir la cite parmi les animaux théoriquement protégés qui risquent d’être tués par les travaux, avec un « comme » qui peut n’être qu’un exemple de catégorie. Elle n’est pas comptée ici comme confirmée sur le lot, tant qu’une mention d’inventaire n’est pas publique.
Deux couleuvres à statut, citées par les appels citoyens d’avril 2025. La tachetée est aussi une cible du refuge riverain. La couleuvre brune, elle, est nommée dans le règlement du refuge, pas dans les listes de la tourbière.
Rapporté~200 espèces dans le secteur
Le ciel du complexe
Près de 200 espèces d’oiseaux recensées dans le secteur du projet, selon Le Devoir. Sur le site même, un rapport ministériel évoque 132 espèces, dont 66 % nicheuses et 34 % nicheuses probables ou possibles. Familles citées : parulines, canards, pics, rapaces, limicoles, bruants, grives, hérons. Les lacs Fauvel, à eux seuls, sont annoncés à plus de 100 espèces.
RapportéChordeiles minor
Engoulevent d’Amérique
Menacé. Nommé par Le Devoir parmi les espèces en péril recensées dans le secteur. Niche au sol, dans les ouvertures. Le déboisement de printemps tombe exactement sur son calendrier.
RapportéCardellina canadensis · Contopus virens
Paruline du Canada et pioui de l’Est
Deux oiseaux de sous-bois en déclin, cités dans le même article. La paruline du Canada est aussi suivie par le refuge de la rivière. Leur présence dit que le complexe n’est pas qu’un marais : il y a de la forêt humide mature, ou assez continue pour ces espèces.
RapportéGeothlypis trichas · Vireo solitarius
Paruline masquée, viréo à tête bleue
La paruline masquée est donnée comme nicheuse potentielle du secteur, en déclin à cause de la perte de milieux. Le viréo à tête bleue a été photographié sur le terrain convoité. Ni l’un ni l’autre ne sont des curiosités d’ornithologue : ce sont des oiseaux de continuité forestière.
SignaléDolichonyx oryzivorus
Goglu des prés
Menacé, oiseau des prairies humides. Noté aux lacs Fauvel par des ornithologues amateurs, et montré en 2026 par un média jeunesse comme espèce de la Grande Tourbière. Les friches et prairies du complexe lui vont mieux que la tourbière bombée.
SignaléIxobrychus exilis
Petit blongios
Le plus petit héron, menacé, inféodé aux marais à quenouilles. Cible du refuge riverain et des listes citoyennes du secteur. Discret au point qu’on le manque si on ne fait pas d’écoute à l’aube.
RégionArdea herodias · Chaetura pelagica
Grand héron, martinet ramoneur
Le grand héron est banal et magnifique sur la rivière ; les citoyens le mettent aussi près des mares. Le martinet ramoneur, menacé, est cité en 2016 pour le couloir de Fauvel. Il niche dans les cheminées et les gros arbres creux, pas dans la sphaigne.
Fauvelnotes d’ornithologues
Ce qu’on voit aux lacs Fauvel
Des notes locales, reliées à eBird, mentionnent tyran tritri, martin-pêcheur, grive fauve, coulicou, goglu, viréo mélodieux, bruants, parulines, canards, limicoles. C’est un échantillon de parc public, pas le secret du cœur inaccessible de la tourbière.
RapportéAlces alces
Orignal
Le Devoir confirme l’orignal dans l’écosystème d’environ 6,2 km². Un orignal dans une tourbière de banlieue, à une demi-heure du centre-ville, est déjà un fait politique. Il a besoin de continuité. Une cellule d’enfouissement au milieu du complexe est une fracture, non la perte de « quelques arbres ».
Cités par les pétitions et les naturalistes. Tous écologiquement attendus. Le castor est en plus un ingénieur : ses barrages peuvent maintenir exactement le niveau d’eau dont la tourbière dépend. Le tuer ou assécher son étang, c’est réécrire l’hydrologie.
RégionMyotis · Perimyotis
Chauves-souris
Petite chauve-souris brune, chauve-souris nordique, pipistrelle de l’Est : espèces en péril suivies dans le corridor faunique de la rivière des Mille Îles. Les marécages et boisés matures constituent des territoires de chasse privilégiés pour ces insectivores nocturnes.
RégionDanaus plexippus · Bombus affinis
Monarque et bourdon à tache rousse
Deux insectes à statut suivis sur la rivière des Mille Îles. Le monarque a besoin d’asclépiades, plutôt en milieu ouvert qu’en tourbière acide. Le bourdon à tache rousse est au bord de l’extinction continentale. Les citer rappelle que le corridor ne s’arrête pas aux vertébrés.
Ce que le chiffre « 742 espèces » ne peut pas porter
Une mobilisation citoyenne d’avril 2025 affirme que 742 espèces ont été répertoriées dans le secteur de la cellule 6. Le chiffre circule. Il n’est pas, dans les documents ministériels cités par la presse, le total officiel. Les totaux publics solides sont autres : près de 200 oiseaux dans le secteur, 132 sur le site dans un rapport, neuf poissons évoqués dans le secteur, trois espèces nommées dans le correctif de captures, 97 hectares et plus de 100 oiseaux aux lacs Fauvel, 92 espèces à statut dans le refuge riverain. Un inventaire citoyen large peut être vrai sans être citable comme un chiffre d’État. Le rejeter par mépris, ou le graver comme une vérité, sont deux paresses.
Pourquoi ce vivant est « du sud » et « du nord » en même temps
Les tourbières de la plaine alluviale, comme celles de Lanoraie plus à l’est sur la rive nord, sont des refuges : elles gardent des plantes nordiques (bouleau nain, saules bas) et des plantes méridionales (woodwardie de Virginie) loin du cœur de leur aire. Blainville est dans la même province naturelle. C’est pour cela qu’une tourbière de banlieue peut contenir une flore qu’on croirait boréale, à côté d’une autoroute. La comparaison avec la réserve écologique des Tourbières-de-Lanoraie est le meilleur miroir disponible : même famille de milieux, protection réelle là-bas, dossier industriel ici.
09 · Territoires adjacents
Le pays ne s’arrête pas au panneau de ville.
Sainte-Anne-des-Plaines et Mirabel
La piste et les milieux humides se continuent vers le nord-est, dans une plaine longtemps agricole. Mirabel a perdu d’immenses milieux humides au profit de l’aéroport et des cultures. Le complexe de Blainville est un des derniers gros morceaux connectés. Jérôme Dupras, économiste écologique, l’a rappelé : dans une région qui a déjà perdu la majorité de ses milieux naturels, ce secteur est une des rares zones de connectivité qui restent.
Boisbriand, Rosemère, Lorraine, Sainte-Thérèse
Même seigneurie, même argile, mêmes détachements paroissiaux du XXe siècle. Rosemère touche le refuge des îles. Le boisé de Rosemère et les passerelles vers l’île Darling font partie du même réseau riverain. Penser « Blainville seulement », c’est couper le vivant en deux.
Laval, île Jésus
Haltes algonquines attestées en 1674. Archéologie de berge. Aujourd’hui, le parc de la Rivière-des-Mille-Îles est la porte publique la plus aboutie pour comprendre le corridor. Centre d’exploration, kayak, îles refuges. C’est là, plus que dans un stationnement de dépotoir, que l’on voit le chevalier, la tortue géographique, le grand héron.
Saint-Eustache et Deux-Montagnes
1837. La rivière comme front. L’église brûlée, le village pillé. À quelques kilomètres, Kanehsatà:ke, déjà une mission centenaire, déjà un titre contesté. L’histoire scolaire sépare « nos » Patriotes et « les » Autochtones. Le terrain les met sur la même rivière, la même semaine.
Oka, Kanehsatà:ke, parc national
Mission de 1721. Pinède. Cimetière. Golf. 1990. Aujourd’hui, le pow-wow de Kanehsatà:ke, l’un des plus anciens au Québec, et un tourisme autochtone encore jeune dans les Basses-Laurentides. Le parc national d’Oka occupe une partie du paysage que les Sulpiciens ont ouvert à la villégiature. Visiter le parc sans savoir à qui appartient la pinède d’à côté, c’est manquer la moitié du lieu.
Kahnawà:ke et Akwesasne
Pas mitoyens de la tourbière, mais parties de la même nation. Kahnawà:ke est née d’une seigneurie jésuite du Sault-Saint-Louis, concédée en 1680, réduite depuis. Les revendications actuelles refusent de s’enfermer dans le périmètre seigneurial. Quand une pétition blainvilloise dit « ce territoire est non cédé », elle reprend cette position. Elle ne crée pas, à elle seule, un titre juridique sur le lot municipal.
Terrebonne, île des Moulins
Là où la rivière des Mille Îles rejoint les Prairies. Sanctuaire d’oiseaux, herbiers, interdiction saisonnière de pêche pour protéger la fraie, interdiction permanente du chevalier cuivré. La route bleue, parcours navigable, rappelle que l’Outaouais, le lac et les Mille Îles sont une seule voie.
Lanoraie, le miroir protégé
Réserve écologique des Tourbières-de-Lanoraie, dans la plaine alluviale, plus à l’est. Woodwardie de Virginie, bouleau nain, orignal, castor, quelque 140 espèces d’oiseaux, et un papillon de tourbière, le lutin de Lanoraie. Preuve que l’État sait protéger ce type de milieu quand il le décide. Preuve, aussi, de ce qu’un inventaire complet peut révéler une fois qu’il est financé.
10 · Le présent
2023–2026 : la tourbière entre dans l’histoire par la blessure.
2023
Stablex dépose le réaménagement de la cellule 6. Le BAPE tient audience. Le rapport 371, remis le 8 septembre 2023, constate que le terrain fait partie d’un corridor reliant deux complexes de milieux humides jugés exceptionnels, et que le projet le fragmenterait. La commission ne recommande pas l’autorisation. La Ville adopte en septembre un plan de transition écologique qui nomme la protection des tourbières.
2024
Avis d’expert du ministère, juin 2024, publié seulement le 4 avril 2025 : les milieux humides adjacents ont une haute valeur écologique, une grande partie figure à l’Atlas des Basses-terres. Le ministère écrit noir sur blanc le risque pour la pérennité du complexe.
Printemps 2025
Malgré le BAPE, Québec dépose une loi spéciale, désignée dans la presse comme la loi 93, et force la Ville à céder le terrain. La ministre Maïté Blanchette-Vézina affirme à plusieurs reprises qu’il s’agit d’un site industriel sans tourbière « depuis bien longtemps ». L’étude Englobe, obtenue par Le Devoir, décrit 278 046 m² de milieux humides sur le terrain, dont 97 237 m² de tourbières, environ le double de la superficie humide détruite dans le dossier Northvolt, comparaison faite par le journal. Le tableau des fonctions écologiques de la même étude donne un rendement élevé aux tourbières du site pour la biodiversité, le climat, la régulation de l’eau et l’écran naturel. Stablex parle pourtant de « faible valeur écologique ».
Mars–avril 2025
Blainville et la CMM contestent. Une proposition alternative aurait ajouté 123 hectares de milieux humides protégés sur le terrain municipal, pour consolider la grande tourbière. La Cour rejette la demande d’injonction. L’appel suit. Les travaux de destruction commencent. Le décret exige encore une mise à jour de l’inventaire faunique : au moment d’autoriser, l’État n’avait pas toutes les données. Pêches et Océans Canada indique en mars que l’autorisation fédérale pour l’habitat du poisson n’avait pas été demandée. Le ministère exige ensuite un suivi d’au moins quinze ans des impacts sur les milieux adjacents.
2025–2026
La pétition « Sauvegardons la Grande Tourbière » affiche autour de 47 000 signatures au début de 2026. Des dizaines de municipalités et l’UMQ soutiennent Blainville. Des scientifiques signent des lettres. Le 8 avril 2025, Le Devoir titre sur la tourbière de plusieurs milliers d’années. En 2026, William Guindon, alors adolescent, dépose une plainte au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au nom des générations futures, après avoir épuisé, dit-il, les recours d’ici. La Presse le rencontre le 3 juillet 2026 au boisé des lacs Fauvel. Les As de l’info le présentent à 14 ans en juillet 2026. Le site officiel le dit ensuite âgé de 15 ans.
Juin 2026
Le Devoir rapporte que des échantillons d’eau et de sédiments, prélevés par Climat Québec et la Coalition des citoyens de Blainville près de l’usine, contiennent plusieurs métaux toxiques. Campagne citoyenne relayée par un grand quotidien, non une conclusion du ministère. Elle suffit à dire que la question chimique n’est pas théorique, et qu’elle déborde le seul déboisement.
Le site projeté est entouré de grandes tourbières pouvant dater de 6000 ans. Ensemble, elles forment un complexe d’une superficie estimée à 622,7 ha.
Ministère de l’Environnement, rapport d’analyse environnementale, cité par Le Devoir, 8 avril 2025
La position du gouvernement, pour être juste, tient en trois phrases. Le Québec aurait besoin d’une capacité d’enfouissement de matières dangereuses stabilisées, la cellule 5 approchant de sa fin. Le terrain appartenant à la Ville serait, selon la ministre, déjà industriel. La loi spéciale éviterait un « bris de service ». La position des études, y compris celles du ministère et du mandataire de l’entreprise, tient en trois autres. Il y a de la tourbière sur le lot et autour. Elle est exceptionnelle à l’échelle des Basses-terres. La détruire ou l’assécher n’est pas réversible à l’échelle d’une vie humaine, ni même de plusieurs.
11 · Perspectives de recherche
Les savoirs et données à approfondir ensemble.
Données environnementales à approfondir
La datation radiocarbone de la base de la tourbière, les diagrammes polliniques exhaustifs, l'évaluation précise du stock de carbone et l'inventaire floristique intégral font partie des chantiers scientifiques indépendants essentiels à poursuivre pour protéger ce milieu.
Respect des savoirs et transmissions traditionnelles
La toponymie ancestrale et l'histoire vivante de ces terres relèvent de la tradition orale des familles de Kanehsatà:ke, de Kahnawà:ke et des nations environnantes. Ces connaissances traditionnelles ne se mesurent pas à l'aune des archives administratives coloniales : elles s'écoutent auprès des communautés, dans le respect plein et entier de leur souveraineté.
Un programme, si quelqu’un veut continuer
Geste
Pourquoi
Avec qui
Carotte de tourbe, datation, pollen, macrorestes
Transformer « environ 6000 ans » en une histoire réelle du climat, des feux, des défrichements
Laboratoire universitaire, et accord sur le prélèvement : une carotte est une blessure, même petite
Requête à l’Inventaire des sites archéologiques du Québec
Savoir ce qui est déjà enregistré sur les berges de la rivière aux Chiens et des Mille Îles, sans inventer des villages
Archéologues, et nations concernées avant toute fouille
Histoire orale
Le silence des archives n’est pas le silence des familles
Kanehsatà:ke, Kahnawà:ke, communautés algonquines du lac des Deux Montagnes. À leurs conditions, pas en extraction
Publier les inventaires
Sortir les espèces du statut « signalé » ou « secret industriel »
Le ministère exige 15 ans de suivi à l’entreprise. Un suivi qui ne dépend pas du promoteur change la confiance
Université, CMM, groupes de bassin versant
Où marcher sans abîmer
Boisé des lacs Fauvel, rue Legault et rue Omer-DeSerres : le seuil public le plus juste. Boisé du Plan Bouchard : la guerre et le marécage dans le même sentier. Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, à Laval : le corridor en version lisible. Kanehsatà:ke : seulement par ce que la communauté offre, pow-wow, marché, tourisme autochtone, et non en allant « voir la pinède » comme un décor. Ne pas entrer sur le site industriel. Ne pas quitter les passerelles en période de nidification. Ne pas cueillir. La sarracénie n’est pas un souvenir.
12 · Sources
D’où vient chaque étage.
Recherche arrêtée au 25 septembre 2026. Sources ouvertes, en français et en anglais. Les PDF du registre environnemental et la voûte du BAPE sont cités par les extraits publics et par les articles qui les reproduisent. Ils n’ont pas tous été relus page à page.
Ville de Blainville, pages Histoire, Environnement, Blainville raconte. Concession de 1683, statut de ville le 29 juin 1968, 19,2 km² de boisés, 9,86 km² de milieux humides, tourbières « qui pourraient dater de près de 6 000 ans ».
Statistique Canada, recensement de 2021, subdivision de Blainville : 59 819 habitants, 54,97 km² de superficie terrestre dans la fiche consultée.
Le Devoir, Alexandre Shields, mars à avril 2025, notamment les articles du 19 mars, du 28 mars, du 2 avril, du 3 avril et du 8 avril 2025, sur les milieux humides, les poissons, les oiseaux, le rapport ministériel et la tourbière de 6 000 ans. Article du 12 juin 2026 sur les métaux dans des échantillons citoyens.
Ministère de l’Environnement, rapport d’analyse environnementale et avis d’expert de juin 2024, dossier 3211-21-014, cités par Le Devoir. Complexe de 622,7 ha, haute valeur écologique, Atlas des Basses-terres, puits de carbone, suivi de 15 ans.
Englobe, caractérisations 2023-2024 déposées pour Stablex, citées par Le Devoir et le registre : 278 046 m² de milieux humides dont 97 237 m² de tourbières ; fonctions écologiques élevées ; habitats potentiels de woodwardie, carex folliculé, millepertuis de Virginie.
Correctif au dossier, registre environnemental, document 3211-21-014-13 : captures de tête-de-boule (49), umbre de vase (4), épinoche à cinq épines (1) ; aucun omble de fontaine.
BAPE, rapport 371, enquête sur la cellule 6, remis en septembre 2023. Recommandation de ne pas autoriser ; fragmentation d’un corridor entre deux complexes exceptionnels. Voûte du BAPE.
La Presse, Valérie Simard, 3 juillet 2026, « Protection d’une tourbière à Blainville. Le combat d’un adolescent à l’ONU ».
Les As de l’info, 17 juillet 2026, entrevue avec William Guindon ; salamandre à quatre orteils et goglu des prés.
Radio-Canada / RCI, 2016, lacs Fauvel, salamandre à quatre orteils, martinet ramoneur. Écho de la Rive-Nord, nettoyage de 2014. Fondation Hydro-Québec et Nature-Action Québec, inauguration de 2017.
Histoires de chez nous / Musée virtuel, rivières des Prairies et des Mille Îles : Dalmas 1674, cabanage algonquin, artefacts.
Wikimonde et notices toponymiques, rivière des Mille Îles : Makigôtekw, artefacts estimés de 3000 avant notre ère à l’an 1000, à traiter comme synthèse secondaire.
Wikipédia et notices municipales d’Oka ; pages sur Kanesatake et la crise de 1990 ; Kahnawake, revendication de la seigneurie du Sault-Saint-Louis et territoire traditionnel non cédé, Radio-Canada Espaces autochtones, 2021.
McGill, Indigenous Initiatives, reconnaissance de Tiohtià:ke. UQTR, document pédagogique Laurentides 2025, Weskarini et territoire ancestral kanien’kehá:ka au sud.
Tourisme Basses-Laurentides, pages sur Kanehsatà:ke. Politique de Tioweró:ton, Kahnawà:ke.
1837.qc.ca et chronologies des Patriotes : marche du 30 novembre 1837 vers Oka, expédition vers Kahnawà:ke, bataille de Saint-Eustache le 14 décembre.
Refuge faunique de la Rivière-des-Mille-Îles, Wikipédia et Éco-Nature ; avis du MPO sur l’habitat essentiel du chevalier cuivré.
Réserve écologique des Tourbières-de-Lanoraie, fiche MELCCFP, comme analogue protégé.
Payette et Rochefort (dir.), Écologie des tourbières du Québec-Labrador, Presses de l’Université Laval, 2001. Occhietti et Richard, 2003, chronologie de la mer de Champlain. Archéo-Québec, préhistoire du Québec. Marie-Victorin, Flore laurentienne, 1935, pour le nom d’archipel d’Hochelaga.
Change.org et pages citoyennes de la Grande Tourbière : listes d’espèces, à lire comme signalements, pas comme inventaire certifié. Le chiffre de 742 espèces reste non vérifié.
Waymarking et notices patrimoniales locales sur le Plan Bouchard : utiles pour l’échelle du complexe militaire, à recouper avec les archives fédérales avant un usage historique pointu.
Édith Mora Castelan, précisions directes sur la gouvernance traditionnelle kanien’kehá:ka, la distinction fondamentale entre la Maison Longue (Mères de clan, Kanonsonnkweonkwe / Kannosonhkwe'ón:we) et le système de bande imposé par la Loi sur les Indiens, et webinaire explicatif (enregistrement vidéo ↗).
Démarche, écoute et primauté des savoirs traditionnels
Ce dossier est une recherche documentaire citoyenne menée dans un esprit de solidarité sincère et de profond respect pour les peuples autochtones. Il ne se substitue jamais à la voix des nations, des conseils traditionnels de la Maison Longue ou des aînés. Toute correction, précision toponymique ou transmission provenant des communautés et des gardiens du savoir prime absolument sur ce texte et y est accueillie avec humilité et gratitude.